DEA Arts, Histoire, Théorie et Pratique des Arts


@N@[limit]'s

L’architecture perd de son expérience de l’archè, le penser art (et l’art de penser), au profit de son complément plus pragmatique du savoir faire. Nous n’aborderons ici que la première particule de ce nom en nous demandant comment penser l’architecture pour qu’elle s’affirme à nouveau à sa juste valeur de pensée et de créativité. On accorde beaucoup d’importance au côté terre à terre, de l’architecture, les coûts de réalisation, le temps de travail imparti, les forces physiques qui se déploient, la rationalité technique. Or, c’est la réflexion de départ, le concept, qui fait du projet celui qui fera référence, qui fera différence et pertinence. Le centre générateur d’un projet, point de départ d’un processus de conception, est issu de la commande. L’option générique, prise par l’architecte afin d’engager la recherche, devrait aujourd’hui dépasser la linéarité d’un purisme formaliste, fonctionnaliste ou constructiviste. L’architecture doit être la représentation d’une évolution culturelle à travers son histoire, ses expériences, son savoir. Mais, elle doit aussi être le déclencheur d’une suite, d’un changement, d’une évolution et d’une transformation ; à l’image du relais, les notions contenues dans l’architecture doivent se transmettre par la fusion de la recherche et de ses moyens d’expérimentations, pour progresser de manière optimale et évoluer dans un univers où réflexion et cohérence priment sur enthousiasme et mode.

Aujourd’hui, le noyau de la réflexion se diffracte en divers chemins qui, ainsi que des fibres (rhizome), sont en connexion, formant alors un réseau complexe, utile et abordable à tous niveaux. Dans la perspective d’un processus de conception architectural sensible, émotionnel et peut-être fragile, ne faut-il pas savoir s’émanciper des notions qui constituent les limites présentes dans l’architecture. Ce DEA est une réflexion sur la notion variable de limites, un jeu de points de vues sur la volonté de ne pas stagner, pour se permettre d’évoluer et transformer le statut de concepteur architectural ; faut-il alors jouer avec ces limites qui constituent notre environnement et notre pensée ? La conservation, la progression et la suppression des contradictions est une synthèse de l’Aufhebung Hegelien. Il suffirait d’apprendre à reconnaître ces limites, jouer avec, les repousser, les transgresser, mais aussi peut être les nier, pour atteindre ce qui pourrait être la notion de No-Limit, le jeu d’a-limite. Quelle serait l’importance de ce jeu d’@[limit] dans le processus de conception architectural, puisque son principe même est d’exprimer au mieux les solutions adaptées aux problèmes émis par la demande ? L’architecte peut explorer toute possibilité conceptuelle se trouvant aux limites de la création, de la construction, mais aussi de la commande.

Quelques exemples d’architecture contemporaine font déjà preuve d’une volonté d’évolution quant à la réflexion du projet (cf. « No-Limit, De la Désorientation en Architecture »). Architecture Principe, Rem Koolhaas, Un-Studio, tous ces architectes ont abordé le projet sous un nouvel angle tout en se canalisant sur un objectif qui reste formaliste, et qui, inévitablement, admet la reconnaissance de l’architecte par son architecture. Les limites sont là et nous devons « faire avec ». Nous pouvons dès lors nous poser une des questions qui se présentent face à une approche comme celle du No-Limit, en effet, le polythéisme vers lequel l’architecture tendrait, si elle suivait le mouvement de l’art contemporain, doit il mener à une hétéronymie de l’architecte, à l’image d’un Fernando Pessoa ou d’un Marcel Duchamp ? Le rôle de l’architecte est-il alors de disparaître derrière non plus son architecture, mais des architectures ; la signature, la marque de « renom » par cette approche a-t-elle encore une existence ? Le résultat d’un travail d’architecte reste physique, une image en trois dimensions tout droit sortie d’une pensée subjective. Ne faut-il pas finalement accepter l’inacceptable, c’est-à-dire laisser agir une part d’indéterminisme qui nous apporterait autre chose que de la technique, de l’utilitaire ou de la plastique ?…